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L’écriture narrative au coeur d’une oeuvre numérique 

Article publié le 13/02/2024

  • HacnuMédia
  • #RETEX

Le 12 janvier 2024, AADN organisait une nouvelle édition des Labos Immersifs en partenariat avec HACNUM : une semaine de workshop était dédiée à la création en environnement immersif. Ces quelques jours ont été ponctués par une table-ronde autour de l’écriture narrative et un atelier invitant à imaginer un manifeste artistique. Retour sur ces événements…

La création numérique ne se résume pas à une superposition de technologies. Elle est beaucoup plus que ça ! Les artistes numériques se distinguent par leur capacité d’écriture, de mise en récit qu’ils·elles déploient et par les émotions qu’ils·elles véhiculent. C’est le thème débattu entre trois artistes Delphine Descombin (conteuse et co-autrice de Conte d’un Futur Commun), Louis Clément (artiste numérique et co-auteur de Conte d’un futur commun) et Nicolas Soloy (metteur en scène Cie les Anthropologues) pendant près d’une heure, vendredi 12 janvier au Planétarium de Vaulx-en-Velin. Alors qu’est-ce que l’écriture narrative ? Quelles formes peut-elle prendre ? Concrètement, comment entamer l’écriture d’un projet artistique ? 

Différencier le sujet et la mise en récit 

“En premier lieu, il faut distinguer le sujet et la mise en récit, ce sont deux choses différentes” explique Delphine Descombin. “Il y a la question du “quoi”, le sujet, et la question  du “comment”, la narration” poursuit-elle. Autrement dit, “On amasse d’abord de la matière qui va constituer notre sujet. Puis une des premières étapes est de construire un sens, un lien, entre toutes ces données. Le travail de récit se construit à ce moment.” ajoute Nicolas Soloy. L’étape de recherche d’un sujet peut d’ailleurs conduire à des sujets complètement inattendus et des formes imprévues. “C’est une forme de liberté qu’il faut s’autoriser” poursuit le metteur en scène. Beaucoup de leviers sont alors possibles quand il s’agit de travailler la narration : “La mise en récit pose la question de ce que j’ai envie de raconter. C’est aussi une question de rythme, d’émotions, de nuances, de mots, de médias.” résume Delphine Descombin. Finalement c’est par cette narration que les publics s’immergent dans l’œuvre. “Elle est importante pour les spectacteur·rices mais aussi à certaines étapes clés de la vie d’une oeuvre artistique : au moment où l’on guide les équipes sur un plateau, ou lorsque l’on candidate à des appels à projets.” explicite Louis Clément. 

Les Labos Immersifs, organisés par l’AADN, le Planétarium et la Ville de Vaulx-en-Velin – © Valentin Bisschop

Comment entamer l’écriture 

Le passage à l’écriture narrative est donc une étape essentielle dans le processus de création. “Il faut réussir à sortir de sa phase de recherche pour avancer sur l’écriture du projet. Les contraintes de planning, temporelles, de transmission, de formats ou de budgets sont très utiles. On se dit “pour la prochaine fois, il faut que ça soit fait”. La contrainte aiguille l’écriture.” poursuit Louis Clément. Précisons également que le médium manuscrit n’est pas toujours une nécessité : “Personnellement je suis plus à l’aise avec un papier et un stylo. Mais c’est une manière de faire parmi d’autres car tous les médias existants sont possibles. Le dessin, la 3D, le son. La première fois qu’on a commencé à travailler avec Louis sur Conte d’un futur commun, on a réalisé un schéma.” témoigne Delphine Descombin. Même son de cloche du côté de Nicolas Soloy, “J’ai construit la narration de certains spectacles uniquement avec un texte. D’autres à partir d’un dessin. Maintenant je travaille avec un musicien et un dessinateur en même temps que j’écris les choses.” qui ajoute également une remarque pertinente “l’économie du projet pousse un type d’écriture spécifique. Par exemple, dans le cinéma le réflexe est de storyboarder car c’est un médium simple pour transmettre”. Autres sujets lors de cette table-ronde : le rôle des résidences artistiques, l’écriture collective (à quatre mains ou davantage), les structures narratives existantes (quels schémas et quelles matrices) et la place des nouveaux outils technologiques disponibles comme les intelligences artificielles génératives. Sur ce dernier point les artistes jouent la carte de la complémentarité : “Dans Conte d’un futur commun, nous nous sommes servis d’une IA. C’est un outil puissant pour s’inspirer et accélérer sa recherche. Parfois on était bloqués dans le processus d’écriture. On posait des questions à ChatGPT qui nous challengeait.” détaille Louis Clément. Nicolas Soloy en fait un usage similaire : “J’utilise ChatGPT comme outil de recherche et des IA comme Mid Journey. Autrefois, je passais beaucoup de temps à réaliser des moodboards pour transmettre une idée à une personne de mon équipe. Maintenant je me sers des images générées par IA comme support de médiation lors des phases d’écriture.”

Les Labos Immersifs, organisés par l’AADN, le Planétarium et la Ville de Vaulx-en-Velin – © Valentin Bisschop

L’engagement à travers un manifeste

La suite de la journée s’est déroulée à travers l’atelier d’écriture d’un manifeste dans lequel une trentaine de participant·es – en s’appuyant sur leurs expériences individuelles, collectives et à partir des témoignages des expert·es – ont traduit 7 principes incontournables : L’exploration faisant partie intégrante de l’écriture ; la technologie d’abord envisagée comme un outil ; la force du collectif ; l’hybridation des pratiques ; la sincérité de la démarche artistique ; les émotions guidant l’écriture ; la part importante des spectateur·rices. Ce manifeste compilant une série de 30 engagements concrets est à télécharger sur le site d’AADN. De son côté, Nicolas Soloy, artiste invité lors de la table ronde, a publié sur son site une note compilant plusieurs points et astuces pour l’écriture narrative. Des références à garder en mémoire pour les artistes en cours d’écriture. 

Rédaction Adrien Cornelissen 

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